Risques, défis et possibilités
Le Nunavut s’inscrit dans un singulier paysage circumpolaire qui s’étend sur près de trente millions de kilomètres carrés et qui englobe un océan, de nombreuses mers, des glaciers, des calottes glaciaires et des rivières. Les populations de huit pays et d’une cinquantaine de collectivités autochtones distinctes se partagent ce paysage. L’Arctique regorge de ressources naturelles, qu’il s’agisse de pétrole, de gaz naturel, de minéraux ou de forêts. En dépit de ces richesses, l’Arctique a plus ou moins échappé aux pressions considérables exercées par le développement — du moins jusqu’à tout récemment. Cependant, la situation est en voie de changer ; de plus en plus, l’Arctique se trouve dans la mire des artisans du développement industriel.
De nombreuses forces menacent le paysage du Nunavut. Explorateurs et chasseurs de baleine venus d’Europe au seizième siècle, trappeurs d’animaux à fourrure des années 1800 ou encore mineurs et intervenants de l’industrie pétrolière, voire touristes du vingtième siècle — les assoiffés du profit ou de l’aventure qui ont emprunté la voie du Nord ont laissé dans leur sillage une faune perturbée ou en péril, des habitats perdus, des lieux contaminés nécessitant une remise en état, des sentiers surutilisés de même que des sites archéologiques et culturels endommagés. De nos jours, le Nunavut connaît une croissance démographique plus de trois fois supérieure à celle du reste du Canada, ce qui exerce de nouvelles pressions sur le paysage et ses ressources. En raison de l’exploration et de l’exploitation des ressources minérales, certaines terres échappent à la protection ; ainsi, le nombre de permis d’exploration délivrés au Nunavut a dépassé mille cinq cents en 2004 et mille en 2005, provoquant la désignation de quelque quatre cent milles kilomètres carrés (au delà de vingt pour cent de tout le territoire) à des fins de développement. Par ailleurs, le paysage du Nunavut se trouve modifié par l’élévation de la température, le recul de la glace de mer et le dégel du pergélisol — autant de changements que personne n’aurait prévus il y a tout juste dix ans !
Il y a longtemps que les Inuits assurent l’intendance du fragile milieu arctique. Inscrite dans l’accord de revendication territoriale du nouveau territoire, la pratique d’un développement qui s’harmonise avec la protection de l’environnement sous-tend la philosophie du gouvernement du Nunavut. Ce dernier reconnaît l’importance des activités économiques. Le défi consiste à trouver une forme de développement qui prévienne les effets indésirables et, surtout, assure la protection du paysage et de la ressource proprement dite tout en respectant la valeur intrinsèque de cette dernière.
Au Canada, la notion de parc ou d’endroit spécial n’a rien de neuf. Il en est question depuis la création du parc national Banff à la fin des années 1800 et, au Nunavut, depuis la première recommandation concernant la protection de la réserve faunique Thelon, dans les années 1920. Dans les régions du pays où peu de terres sauvages ont survécu à l’expansion de l’activité économique, la désignation de zones protégées revêt une importance manifeste en raison de facteurs environnementaux et autres. Cependant, la plus grande partie du Nord canadien, y compris le Nunavut, conserve à peu de choses près son état naturel, et cela soulève d’importantes questions concernant les parcs et les endroits spéciaux.
Au Nunavut comme ailleurs en Amérique du Nord, la multiplication des parcs, des aires de conservation et des autres zones protégées est généralement, et depuis toujours, le fruit d’occasions plutôt que d’actions planifiées, de choix économiques plutôt que de résolutions environnementales, de décisions inspirées par le décor plutôt que d’interventions fondées sur des données scientifiques. Cependant, une nouvelle philosophie se dessine en ce qui touche les parcs et les endroits spéciaux, inspirée par l’enrichissement de nos connaissances et de notre compréhension en matière de conservation et de faune, de paysages culturels, de tourisme et de loisirs ainsi que par la reconnaissance permanente des autres solutions valides qui s’offrent en matière d’aménagement.






